Sandra Nicolle

Thèse soutenue le 24 septembre 2014

Les espaces naturels protégés en forêt amazonienne. Des doctrines de gestion aux dispositifs : quelle efficacité pour la protection de l’environnement ? Etude comparative France (Guyane) / Brésil (Amapá)

Les espaces naturels protégés sont aujourd’hui à l‘échelle mondiale l’une des principales politiques publiques
mises en œuvre pour faire face à la destruction des écosystèmes. Leur nombre a beaucoup augmenté ces dernières
années et les modes d’action qu’ils recouvrent se sont considérablement diversifiés. Pour autant, les écosystèmes
continuent à se dégrader, et l’efficacité de ces dispositifs est souvent remise en cause. Cette thèse vise à analyser
les facteurs influant sur l’efficacité des espaces protégés pour la conservation d’écosystèmes amazoniens encore
peu dégradés. Elle étudie pour cela la mise en œuvre de dispositifs relevant de doctrines de gestion de
l’environnement différentes, basées sur (i) la limitation réglementaire maximale des activités humaines
impactantes pour les écosystèmes, (ii) la gestion des ressources par des populations locales ou traditionnelles ou
(iii) la mise en place d’une gestion forestière durable sur des terres publiques. Nous nous plaçons dans une posture
comparative entre la Guyane (France) et l’Amapá (Brésil), territoires partageant une frontière commune,
principalement matérialisée par le fleuve Oyapock. La comparaison internationale entre ces deux régions
présentant une couverture exceptionnelle en espaces protégés, dans des conditions écologiques et géographiques
relativement similaires, nous permet d’observer l’influence du contexte historique et sociopolitique sur les modes
de prise en charge de la gestion de l’environnement par les aires protégées. Nous nous sommes basés sur une
approche constructiviste, appuyée sur une production de données principalement qualitatives (entretiens semidirectifs,
analyse de documents, observation participante…). Nous avons ainsi procédé à une déconstruction
critique des dispositifs « aires protégées », permettant de mettre en lisibilité les enjeux environnementaux qu’ils
portent, et d’analyser l’efficacité environnementale des stratégies mises en œuvre. Cette analyse s’est articulée
autour d’une lecture à la fois diachronique et multiscalaire des processus de gestion.

Nous montrons que la mise en place des espaces protégés de Guyane et d’Amapá a été portée par des
coalitions d’acteurs structurées autour de doctrines de gestion, c’est à dire de conceptions partagées des conditions
de mise en œuvre d’une « bonne gestion environnementale ». Les dispositifs créés ont hérité des ressources
stratégiques d’action et de la légitimité de ces coalitions. Les coalitions porteuses de la création des espaces
protégés en Amapá sont fortement articulées aux mouvements sociaux et environnementaux plus généraux de
l’Amazonie brésilienne, notamment pour les revendications socio-environnementales émergeant à la sortie de la
période dictatoriale. En Guyane française, les espaces naturels protégés sont principalement la résultante de
compromis entre d’une part une volonté d’exemplarité de l’action de la France en Amazonie, et d’autre part une
recherche de minimisation des conflits avec les acteurs politiques locaux.

Dans les deux cas, les aires strictement protégées sont investies de cadres législatifs solides, mais de
relativement peu de moyens humains. Elles représentent des superficies plus importantes en Amapá qu’en Guyane,
mais les stratégies de gestion mises en place sont similaires. Les aires protégées créées au bénéfice des populations
locales, résultant des mouvements socio-environnementaux des années 1980-1990, reconnaissent plus clairement
au Brésil les compétences gestionnaires de ces populations. En Guyane, l’autonomie gestionnaire de ces
populations est peu portée par les aires protégées, car la spécificité «amérindienne» entre en contradiction avec la
constitution. En revanche, la gestion forestière durable des espaces publics est plus outillée et prudente en Guyane,
au travers de l’action de l’État central porteur des logiques historiques de la gestion forestière française, qu’elle ne
l’est en Amapá, où un système de concessions forestières publiques vient tout juste d’être mis en place.
Les types de stratégies de gestion mis en œuvre dans les espaces protégés dépendent fortement de la doctrine
gestionnaire mobilisée et des ressources disponibles (lois, ressources humaines et financières, partenariats,
données,…) héritées de la phase de mise en place des dispositifs. Elles évoluent néanmoins dans le temps pour
répondre à des changements du contexte, ou s’adapter à l’entrée de nouveaux acteurs dans les coalitions. Les
performances environnementales concrètes des espaces protégés sont la résultante (i) de la structuration du
dispositif et des enjeux qu’il porte, largement liés aux coalitions ayant conduit à sa mise en place ; (ii) des
ressources (ressources techniques, alliances…) mobilisables (et mobilisées) ; (iii) des stratégies de gestion mises
en œuvre ; et (iv) de l’intensité des pressions auxquelles les écosystèmes sont soumis.

Nos analyses font ressortir de grandes logiques stratégiques propres aux contextes nationaux. Au Brésil, les
ONG d’environnement jouent un rôle important, en permettant de maintenir une pression sur l’État et en soutenant
ainsi l’action des services publics porteurs des questions environnementales. En Guyane, les enjeux
environnementaux sont principalement pris en charge par les services ou établissements publics en charge de ces
questions, ce qui leur confère des moyens plus importants, mais limite les ressources externes pour les
négociations intersectorielles. Dans les deux cas, on observe un glissement progressif des revendications
environnementales vers une logique d’intégration des enjeux environnementaux et socio-économiques.

Finalement, la mise en œuvre conjointe des différentes aires protégées sur les territoires permet, non pas la
« mises sous cloche » des ressources et des territoires, mais avant tout l’émergence de propositions alternatives de
gestion territoriale allant à l’encontre des modèles de développement destructeurs prévalant aujourd’hui.

Directrices de thèse

Françoise Grenand, CNRS.

Maya Leroy, AgroParisTech.

FSE Guyane {PNG}Union Européenne {PNG}

Cette thèse a été cofinancée par l’Union Européenne.

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