La chasse en Guyane : variations au cours du temps, des régions et des modes de vies

Une étude sur le long terme des pratiques et résultats de chasse par diverses communautés de Guyane, exerçant leur activité dans différents contextes écologiques, économique ou culturels révèle des différences à la fois dans les modes de chasse et choix de gibier, dans l’impact et la durabilité du prélèvement effectué, et dans l’évolution des stratégies de chasse au cours des années. Des indicateurs globaux pointent dans la plupart des cas une évolution au cours des 10 dernières années reflétant un impact sur les populations animales. La durée de chasse s’allonge, ainsi que les distances parcourues et la zone prospectée par les chasseurs, la taille moyenne des gibiers et le poids total rapporté diminue généralement, comme la proportion de mammifères dans le tableau de chasse, reflétant globalement une difficulté croissante à se procurer des grands espèces, à la fois plus recherchées et plus sensibles aux prélèvements du fait de leur écologie et biologie reproductive. La réponse est cependant complexe, et doit être interprétée en tenant compte des stratégies des chasseurs, en lien avec leurs motivations de chasse, leurs choix culturels, l’évolution des conditions socio-économiques et les contraintes environnementales. Utiliser une variété d’indicateurs permet alors de mieux appréhender non seulement la durabilité des pratiques, mais également quelques mécanismes sous-jacents à la réalisation du « tableau de chasse » d’une communauté.
Le suivi à long terme avec la participation des chasseurs reste le meilleur moyen de comprendre et d’accompagner les changements intervenant dans les pratiques comme dans les impacts potentiels. Ces suivis peuvent fournir les éléments de base à une gestion flexible, qui doit intégrer ou permettre de réintégrer les savoirs et pratiques traditionnelles. La notion moderne scientifique de gestion adaptative devrait permettre en retour d’améliorer les connaissances de base, en particulier dans un système qui manque cruellement de données biologiques, comme c’est le cas dans les écosystèmes tropicaux. Nos résultats soulignent aussi que la gestion de la chasse en Guyane devrait être considérée différemment dans les parties sud et nord du territoire, en relation avec les différences de pratiques, d’accessibilités aux ressources, du gradient de modernité des modes de vie, et des impacts écologiques passés accumulés. Nous soulignons par ailleurs que le degré de durabilité de la chasse dépend majoritairement de la présence et persistance de suffisamment grandes zones non impactées, adjacentes aux zones chassées. Le sud de la Guyane reste dans ce domaine relativement plus favorable et préservé du fait de son éloignement et de la difficulté de se déplacer, mais reste actuellement sévèrement menacé par le mitage diffus de son territoire par l’orpaillage clandestin.
Cette étude a été réalisée grâce à la participation volontaire de nombreux chasseurs, à l’appui des autorités coutumières dans les villages, et aux soutiens financiers du Ministère de l’environnement
(DEAL Guyane, PAG, ONCFS), des Labex CEBA, et DRIIHM (OHM Oyapock, CNRS)

Cécile Richard-Hansen, Damien Davy, Guillaume Longin, Laurent Gaillard, François Renoux, Pierre Grenand ett Raphaëlle Rinaldo
ONCFS, CNRS, PAG, IRD

Lien vers l’article original : https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fevo.2019.00289/full

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