Le rôle fonctionnel de certaines espèces rares est unique, y compris dans les écosystèmes très diversifiés

Une équipe de chercheurs, pilotée par David Mouillot de l’Université de Montpellier-2 et intégrant des chercheurs issus du CNRS, de l’IRD, de l’Inra et d’institutions étrangères (James Cook University en Australie et Université de Zurich, en Suisse) a analysé des données pour trois écosystèmes, testant dans quelle mesure les espèces rares assuraient les mêmes fonctions écologiques que les espèces communes. Ils ont croisé les informations biologiques et biogéographiques concernant 846 poissons de récifs coralliens, de 2979 plantes alpines et de 662 arbres tropicaux.

Ce travail publié dans PLOS Biology a montré que les combinaisons de traits fonctionnels les plus distinctes, qui expriment des fonctions uniques, sont majoritairement et disproportionnellement portées par les espèces rares dans ces trois écosystèmes. Des fonctions uniques sont donc vulnérables et irremplaçables, alors qu’elles peuvent s’avérer importantes pour le fonctionnement des écosystèmes en cas de changements environnementaux majeurs. La murène géante javanaise (Gymnothorax javanicus), un poisson prédateur qui chasse la nuit dans les labyrinthes des récifs coralliens, le saxifrage pyramidal (Saxifraga cotyledon), une plante alpine qui constitue une ressource pour les pollinisateurs des parois rocheuses, ou la sapotacée Pouteria maxima, un arbre massif de la forêt tropicale de Guyane, présentant une forte résilience au feu et à la sécheresse, sont autant d’espèces rares, avec peu d’équivalents fonctionnels dans leurs écosystèmes respectifs.

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Ce travail met l’accent sur l’importance de la conservation des espèces rares, y compris dans les écosystèmes diversifiés, qui sont peut-être à tort perçus comme protégés par une certaine redondance des fonctions écologiques à la base de leur fonctionnement. Les espèces rares portent des fonctions vulnérables et irremplaçables, qui sont issues de combinaisons de traits fonctionnels distinctes de celles d’espèces plus communes. Les espèces rares ne constituent donc pas seulement une assurance écologique. Elles remplissent des fonctions écologiques complémentaires aux espèces communes qui peuvent se révéler importantes lors de transitions rapides subies par les écosystèmes. La vulnérabilité de ces fonctions face à l’érosion de la biodiversité induite par les changements climatiques ou les pressions humaines souligne le rôle sous-estimé des espèces rares dans le fonctionnement et la capacité de résilience des écosystèmes. Cette prise en compte appelle de nouvelles expérimentations permettant de tester explicitement l’influence de la rareté sur les processus écologiques.

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