BUG : une expérience de sciences participatives en Guyane au service d’une meilleure connaissance de la biodiversité urbaine

Au début de l’année 2021 a démarré un projet scientifique original, porté par le laboratoire EcoFoG de Kourou. Ce projet c’est BuG – Biodiversité urbaine de Guyane. BuG, financé par les fonds européens Feder, s’inscrit dans la suite du projet BiNG et se concentre sur la connaissance des fourmis et champignons au sein des agglomérations. Pourquoi est-il original ? Parce qu’il s’appuie sur une expérience de sciences participatives développée, pour la première fois à cette échelle, en Guyane.

Le projet BiNG est déjà bien connu des scolaires de Guyane. De 2017 à 2020, il a apporté de nouvelles connaissances sur la biodiversité dite « négligée » de Guyane. Pour faire simple, on parle ici d’une biodiversité qui n’est pas emblématique de l’Amazonie, comme le sont les toucans, les jaguars ou les ibis rouges. Dans BiNG, les chercheurs se sont intéressés à une biodiversité qui, si elle n’est pas forcément discrète, n’attire pas non plus toujours l’émerveillement des foules, les deux groupes biologiques ciblés étant les fourmis et les champignons.

Le programme scientifique s’est construit sur un constat de déficit de connaissances sur ces groupes, dotées de nombreux représentants et portant des fonctions écologiques importantes pour l’équilibre des écosystèmes d’Amazonie. Ce défaut de connaissances, qu’il concerne l’inventaire et l’identification même des espèces ou le niveau plus complexe de leurs interactions dans l’environnement, pose un problème. Comment en effet élaborer des stratégies de gestion d’un environnement dont ignore pour part importante la composition ? Rappelons qu’actuellement, 15000 espèces d’insectes sont connues en Guyane, pour un nombre que l’on estime à 80000. 650 espèces de fourmis y sont identifiées, soit la moitié de la diversité estimée pour ce groupe sur ce territoire. Ces 650 espèces représentent 10% des fourmis connues pour l’Amazonie. Et à cette échelle, les chercheurs estiment que seulement 20% du nombre total d’espèces de fourmis sont connues. Pour les champignons, on parle de 2800 espèces identifiées, pour 50000 estimées présentes.

Sensibiliser à la biodiversité négligée de Guyane

Le relatif désintérêt à l’égard de ces espèces n’arrange pas les choses. Si, directement, il ne facilite pas leur meilleure connaissance sur un plan scientifique, indirectement, il n’encourage pas non plus à leur prise en compte dans les politiques de protection de la biodiversité. La biodiversité négligée c’est celle de l’angle mort, en quelque sorte une double peine (1). Sur cette prise de conscience, le programme BiNG s’est attaché dès sa conception à développer un volet de partage des connaissances, principalement illustré par la mise en place d’ateliers pédagogiques déployés auprès des scolaires de Guyane. Cette expérience a rencontré un bon succès, permettant sur la durée du programme à une trentaine de classes de découvrir les fourmis et champignons de l’environnement guyanais. Tenant compte de l’ensemble des actions menées dans le cadre de BiNG, c’est au final un fossé important qui a été franchi pour sensibiliser l’ensemble du public guyanais à la découverte de la biodiversité locale et aux enjeux de sa protection.

Conçu dans la suite de BiNG, le projet BuG resserre son intérêt sur la biodiversité de l’environnement humain immédiat. Il se met en place dans un contexte de forte densification et d’étalement de l’habitat urbain en Guyane sous la pression démographique. Cette densification peut menacer la biodiversité, modifiant les écosystèmes et favorisant par exemple l’émergence d’espèces envahissantes. Biodiversité des villes et des villages, biodiversité des jardins, biodiversité de la cour d’école, c’est bien à la biodiversité près de chez soi que s’intéresse ce programme. Une biodiversité abondante et facilement observable, qui a motivé la conception d’un projet de sciences participatives pour, toujours, sensibiliser à cette biodiversité de proximité mais aussi pour augmenter les capacités d’échantillonnage et d’identification des espèces à l’échelle du territoire guyanais grâce à un maillage calqué sur l’implantation des écoles.

Construire la connaissance avec l’aide des écoles

Une ingénieure expérimentée en sciences participatives, Marilou Hircq, a été recrutée en janvier 2021. Avec l’appui du Rectorat, elle a pu rapidement promouvoir le programme auprès des enseignants. Pour développer le réseau d’écoles participantes, le concours de partenaires déjà bien engagés dans l’animation du territoire guyanais a été précieux. Grâce par exemple à l’aide du GEPOG et de la Réserve naturelle des Nouragues, BuG est présent dans l’Est de la Guyane, à Régina. Avec le Parc amazonien, ce sont des communes comme Camopi, Papaichton ou Maripasoula qui sont également prêtes à s’engager dans le projet trois mois seulement après son lancement. Ces territoires caractérisés par leur difficulté d’accès sont encore largement méconnus quant à leur richesse biologique. Le coup de pouce du PAG valorise d’ailleurs la participation des scientifiques de BuG, dont les porteurs sont Jérôme Orivel, pour la partie fourmis et Heidy Schimann (2) pour la partie Champignons, à divers programmes mis en œuvre pour inventorier la biodiversité de l’intérieur guyanais : mission Gros-Saut, Atlas de la Biodiversité Communale.

Marilou Hircq, ingénieure en sciences participatives de BuG, trie les échantillons au laboratoire EcoFoG.

Concrètement, le déploiement du projet BUG a démarré dès janvier, avec une première série d’interventions auprès des classes de primaire et de collège de Kourou. Un appel à participation a été lancé. Certains enseignants qui avaient déjà participé au projet BING se sont également portés volontaires. A chaque classe inscrite dans le dispositif, Marilou Hircq propose une intervention, composée d’une présentation très pédagogique de notions scientifiques abordées dans les programmes BiNG et BuG et illustrée de nombreuses images et révélations étonnantes sur les fourmis et champignons. A ce stade, les élèves découvrent déjà, sur un mode ludique, l’univers fascinant de cette biodiversité assez courante mais à laquelle ils n’ont pas l’habitude de s’intéresser. La suite de l’intervention se déroule en mode TP, des travaux pratiques qui mettent en œuvre des techniques d’échantillonnage et l’application des protocoles de collecte, conçus spécialement pour les enfants, dans le périmètre immédiat de l’école. Ces protocoles, simples à mettre en œuvre, détaillent comment prélever les fourmis et champignons et notifier les paramètres du prélèvement, tel que le point GPS ou à défaut l’indication précise du lieu de prélèvement. Ils amènent à être attentif et relever les observations de l’environnement immédiat : type d’habitat, conditions météorologiques, etc... Les élèves ont ensuite l’occasion d’observer à la loupe binoculaire les espèces qu’ils viennent de collecter, et de les comparer à d’autres échantillons amenés du laboratoire EcoFoG. Après cette démonstration encadrée à l’école, les élèves qui le souhaitent peuvent récupérer du matériel et poursuivre l’échantillonnage à la maison. Tous les échantillons sont ensuite récupérés par Marilou, en vue d’être analysés au laboratoire.

Un sachet d’échantillons collectés par les élèves dans la cour du collège Henri Agarande de Kourou.

Suivre l’évolution de la biodiversité urbaine

Fourmis et champignons prélevés seront identifiés par l’équipe scientifique de BuG en enregistrés dans un tableau. A ce jour, quelques 130 échantillons ont été collectés, triés et sont en cours d’identification. Une trentaine d’interventions ont eu lieu ou sont programmées dans des classes de Kourou, Cayenne, Saint-Laurent, Matoury, Régina, Soula, Camopi, Maripasoula, Papaïchton, Roura. De nombreux autres contacts sont établis sur toute la Guyane. Toutes les données collectées grâce à la participation de ces écoles viendront s’ajouter aux échantillonnages réalisés par les scientifiques. Elles complèteront et permettront de recouper un ensemble d’informations de collecte qui va également s’appuyer sur la méthode d’ADN environnemental (metabarcoding pour la terminologie scientifique internationale). Avec cette méthode, c’est de manière indirecte, à partir de l’analyse des traces génétiques laissées par les diverses espèces dans leur environnement, que les scientifiques vont mener l’enquête. Un grand intérêt du programme est justement de mixer des méthodes rustiques et des méthodes de pointe. Au final, l’ensemble des données collectées, de manière directe ou de manière indirecte, va constituer une base d’information conséquente qui permettra d’élaborer une cartographie assez complète de la biodiversité urbaine pour les groupes biologiques considérés et surveiller l’impact de l’urbanisation progressive. On l’aura compris, obtenir cette carte, à l’échelle de la Guyane, s’annonce comme une tâche titanesque pour laquelle la participation du public est particulièrement précieuse.

Le projet BuG vous intéresse ? Vous souhaitez participer, au côté des chercheurs, à cette expérience de science participative ? Contactez sans tarder Marilou Hircq et inscrivez-vous dans une aventure passionnante au service d’une meilleure connaissance de l’environnement guyanais.

Le projet BuG est financé par l’Union européenne via le fond européen de développement régional. Il est porté par le CNRS pour l’UMR EcoFog. Son responsable scientifique est Jérôme Orivel, directeur de recherche au CNRS. Heidy Schimann est l’experte pour la partie champignons.

Plus d’infos

+ Site internet (bientôt ouvert)

+ Contact BuG/sciences participatives

+ Descriptif du projet

+ Flyer « Appel à participation »

Notes

(1) : Sur cet aspect, nous renvoyons à la très intéressante vidéo « Faut-il être mignon pour survivre » de la collection Zeste de Science du CNRS en partenariat avec la chaîne youtube Le Vortex d’Arte, novembre 2019

(2) : Voir le portrait croisé de ces deux chercheurs dans l’article que le Blog ComAuCarré leur a consacré en février 2020

Emergence de champignons sur un coffre de jardin à Kourou.

Crédits

Photos : © M. Hircq, G. Fornet / BuG

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